Cours
1Une fonction égale à sa propre dérivée
On admet le résultat suivant.
Il existe une unique fonction \(f\) dérivable sur \(\mathbb{R}\) telle que
\[f' = f \quad \text{et} \quad f(0) = 1.\]On l'appelle fonction exponentielle et on la note \(\exp.\)
Autrement dit : \(\exp'(x) = \exp(x)\) pour tout réel \(x,\) et \(\exp(0) = 1.\) L'existence et l'unicité sont admises en Première.
Conséquence à retenir : en un point de la courbe d'ordonnée \(3,\) la pente de la tangente vaut aussi \(3.\) Plus la courbe est haute, plus elle monte vite : c'est toute l'idée de la croissance exponentielle.
2La relation fonctionnelle approfondissement
Pour tous réels \(x\) et \(y :\)
\[\exp(x + y) = \exp(x) \times \exp(y).\]Cette relation est admise en Première (sa démonstration est un approfondissement possible du programme). L'exponentielle transforme les sommes en produits. En prenant \(y = -x\) on obtient
\[\exp(x) \times \exp(-x) = \exp(0) = 1.\]Démonstration de ce dernier point. On pose \(g(x) = u(x)v(x)\) avec \(u(x) = \exp(x)\) et \(v(x) = \exp(-x).\) Alors \(u' = u\) et \(v' = -v,\) donc
\[g' = u'v + uv' = uv - uv = 0.\]La fonction \(g\) est donc constante, égale à \(g(0) = 1.\)
Stricte positivité. Un produit égal à \(1\) ne peut pas contenir de facteur nul : \(\exp(x) \ne 0\) pour tout \(x.\) De plus \(\exp(x) = \exp\!\left(\tfrac{x}{2}\right)^2 \ge 0.\) Donc
\[\exp(x) > 0 \quad \text{pour tout réel } x.\]3Le nombre \(\mathrm{e}\) et la notation \(\mathrm{e}^x\)
On note \(\mathrm{e} = \exp(1) \approx 2{,}718\,281\,8.\) Comme l'exponentielle change les sommes en produits, elle se comporte exactement comme une puissance : on écrit donc
\[\exp(x) = \mathrm{e}^{x}.\]Pour tous réels \(x,\ y\) et tout entier \(n :\)
\[\mathrm{e}^{x+y} = \mathrm{e}^{x}\mathrm{e}^{y}, \qquad \mathrm{e}^{-x} = \dfrac{1}{\mathrm{e}^{x}}, \qquad \mathrm{e}^{x-y} = \dfrac{\mathrm{e}^{x}}{\mathrm{e}^{y}}, \qquad \mathrm{e}^{nx} = \left(\mathrm{e}^{x}\right)^{n}.\]Et les deux valeurs de base : \(\mathrm{e}^{0} = 1,\) \(\mathrm{e}^{1} = \mathrm{e}.\)
Exemples : \(\mathrm{e}^{2}\mathrm{e}^{3} = \mathrm{e}^{5},\) \(\dfrac{\mathrm{e}^{5}}{\mathrm{e}^{2}} = \mathrm{e}^{3},\) \(\left(\mathrm{e}^{2}\right)^{3} = \mathrm{e}^{6},\) \(\dfrac{1}{\mathrm{e}^{4}} = \mathrm{e}^{-4} \approx 0{,}018\,3.\)
4Une suite géométrique cachée lien fiche 3B
Pour tout réel \(a,\) la suite \(\left(\mathrm{e}^{na}\right)\) est géométrique de raison \(\mathrm{e}^{a}\) et de premier terme \(\mathrm{e}^{0} = 1.\)
En effet \(\dfrac{\mathrm{e}^{(n+1)a}}{\mathrm{e}^{na}} = \mathrm{e}^{(n+1)a - na} = \mathrm{e}^{a},\) qui ne dépend pas de \(n.\)
Exemple avec \(a = 0{,}05 :\) la raison vaut \(\mathrm{e}^{0{,}05} \approx 1{,}051\,3,\) soit une hausse de \(5{,}13\ \%\) à chaque pas. Tous les outils de la fiche 3B (terme général \(u_n = u_0 q^{n},\) sens de variation, recherche de seuil par tableau) s'appliquent alors sans rien changer.
5Signe, variations et courbe
Puisque \(\exp' = \exp\) et que \(\exp\) est strictement positive, la dérivée est strictement positive : la fonction exponentielle est strictement croissante sur \(\mathbb{R}.\)
| \(x\) | \(-2\) | \(-1\) | \(0\) | \(1\) | \(2\) | \(3\) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| \(\mathrm{e}^{x}\) | \(0{,}135\) | \(0{,}368\) | \(1\) | \(2{,}718\) | \(7{,}389\) | \(20{,}09\) |
Seule la valeur \(\mathrm{e}^{0} = 1\) est exacte : les autres sont des valeurs approchées (\(\mathrm{e}^{-2} \approx 0{,}135,\) \(\mathrm{e}^{3} \approx 20{,}09\)).
La conséquence la plus utile, celle qui sert à résoudre les équations :
\[\mathrm{e}^{a} = \mathrm{e}^{b} \iff a = b, \qquad \mathrm{e}^{a} < \mathrm{e}^{b} \iff a < b.\]La courbe passe par \((0\,;1)\) et \((1\,;\mathrm{e}).\) Comme \(\exp'(0) = \exp(0) = 1,\) la tangente au point d'abscisse \(0\) a pour coefficient directeur \(1\) et pour équation
\[y = x + 1.\]Sur le graphique, la courbe reste entièrement au-dessus de cette tangente ; elle se colle à l'axe des abscisses quand \(x\) devient très négatif, sans jamais le toucher, puisque \(\mathrm{e}^{x} > 0.\)
6Les fonctions \(t \mapsto \mathrm{e}^{kt}\)
Pour \(k\) réel, la fonction \(t \mapsto \mathrm{e}^{kt}\) est dérivable sur \(\mathbb{R}\) et
\[\left(\mathrm{e}^{kt}\right)' = k\,\mathrm{e}^{kt}.\]Comme \(\mathrm{e}^{kt} > 0,\) la dérivée a le signe de \(k\) :
- \(k > 0 :\) fonction strictement croissante, croissance exponentielle ;
- \(k < 0 :\) fonction strictement décroissante, décroissance exponentielle ;
- \(k = 0 :\) fonction constante égale à \(1.\)
Quand \(t\) augmente de \(1,\) la valeur est multipliée par \(\mathrm{e}^{k}.\) Exemples : pour \(k = 0{,}03,\) \(\mathrm{e}^{0{,}03} \approx 1{,}030\,5,\) soit \(+3{,}05\ \%\) par pas ; pour \(k = -0{,}1,\) \(\mathrm{e}^{-0{,}1} \approx 0{,}904\,8,\) soit \(-9{,}52\ \%\) par pas.
7Modéliser avec une exponentielle
Une grandeur qui, à chaque pas de temps, est multipliée par un même nombre se modélise par \(f(t) = f(0)\,\mathrm{e}^{kt}.\)
- Capital placé. \(2\,000\) € modélisés par \(C(t) = 2\,000\,\mathrm{e}^{0{,}04t}\) (\(t\) en années). Au bout de \(10\) ans : \(C(10) = 2\,000\,\mathrm{e}^{0{,}4},\) soit environ \(2\,983{,}65\) €. Le taux annuel est \(\mathrm{e}^{0{,}04} - 1 \approx 0{,}040\,8,\) soit \(+4{,}08\ \%.\)
- Décroissance radioactive. \(N(t) = 100\,\mathrm{e}^{-0{,}05t}\) grammes. Au bout de \(8\) ans : \(100\,\mathrm{e}^{-0{,}4} \approx 67{,}0\) g. Chaque année la masse est multipliée par \(\mathrm{e}^{-0{,}05} \approx 0{,}951\,2,\) soit \(-4{,}88\ \%.\)
- Demi-vie \(T.\) Si la grandeur est divisée par \(2\) tous les \(T,\) alors \(\mathrm{e}^{-kT} = 0{,}5,\) donc le modèle s'écrit \(N(t) = N_0 \times 0{,}5^{\,t/T}.\) Pour l'iode 131, \(T = 8\) jours : \(N(t) = N_0 \times 0{,}5^{\,t/8}.\)
Ce qui attend la Terminale. Si l'énoncé donne le taux (« \(+4\ \%\) par an »), on écrit \(\mathrm{e}^{k} = 1{,}04\) et on travaille avec \(C(t) = C_0 \times 1{,}04^{\,t}\) : la valeur de \(k\) elle-même, comme la date exacte où un seuil est franchi, demande le logarithme népérien (fiche 6C). En Première, un seuil se cherche avec un tableau de valeurs.
Méthode
Transformer une expression avec les propriétés algébriques
- Remplacer chaque \(\dfrac{1}{\mathrm{e}^{a}}\) par \(\mathrm{e}^{-a}.\)
- Transformer chaque puissance : \(\left(\mathrm{e}^{a}\right)^{n} = \mathrm{e}^{na}.\)
- Regrouper : un produit devient une somme d'exposants, un quotient une différence.
- Réduire l'exposant final.
Exemple : \(A = \dfrac{\mathrm{e}^{5}\,\mathrm{e}^{-2}}{\left(\mathrm{e}^{3}\right)^{2}} = \mathrm{e}^{5 - 2 - 6} = \mathrm{e}^{-3}.\)
Résoudre \(\mathrm{e}^{f(x)} = \mathrm{e}^{g(x)}\) ou l'inéquation correspondante
- Tout ramener à la forme \(\mathrm{e}^{A} = \mathrm{e}^{B}\) (ou \(\mathrm{e}^{A} \le \mathrm{e}^{B}\)) en utilisant les propriétés algébriques.
- Invoquer la stricte croissance : \(\mathrm{e}^{A} = \mathrm{e}^{B} \iff A = B\) et \(\mathrm{e}^{A} \le \mathrm{e}^{B} \iff A \le B\) (le sens est conservé).
- Résoudre l'équation ou l'inéquation obtenue, qui est ordinaire.
- Si on divise par un nombre négatif, ne pas oublier de changer le sens de l'inégalité.
Exemple : \(\mathrm{e}^{2x+1} = \mathrm{e}^{5-x}\) équivaut à \(2x + 1 = 5 - x,\) puis à \(3x = 4,\) donc \(x = \dfrac{4}{3}.\)
Exemple : \(\mathrm{e}^{-2x+3} \leqslant \mathrm{e}^{x}\) équivaut à \(-2x + 3 \leqslant x,\) puis à \(3 \leqslant 3x,\) donc \(x \geqslant 1.\)
Dériver une expression contenant \(\mathrm{e}^{x}\)
- Dérivées de base : \(\left(\mathrm{e}^{x}\right)' = \mathrm{e}^{x}\) et \(\left(\mathrm{e}^{ax+b}\right)' = a\,\mathrm{e}^{ax+b}\) — le facteur \(a\) sort devant.
- Produit \(u v :\) \((uv)' = u'v + uv'.\) Avec \(v = \mathrm{e}^{x},\) on met toujours \(\mathrm{e}^{x}\) en facteur à la fin.
- Quotient \(\dfrac{u}{v} :\) \(\left(\dfrac{u}{v}\right)' = \dfrac{u'v - uv'}{v^{2}}.\)
- Pour le signe de la dérivée : \(\mathrm{e}^{\text{quelque chose}} > 0\) toujours, donc seul l'autre facteur décide.
Exemple : pour \(f(x) = (2x - 3)\mathrm{e}^{x},\) on a \(f'(x) = 2\mathrm{e}^{x} + (2x-3)\mathrm{e}^{x},\) soit \(f'(x) = (2x - 1)\mathrm{e}^{x},\) du signe de \(2x - 1.\)
Exemple : pour \(g(x) = \dfrac{\mathrm{e}^{x}}{x}\) sur \(]0\,;+\infty[,\) on a \(g'(x) = \dfrac{\mathrm{e}^{x}x - \mathrm{e}^{x}}{x^{2}},\) soit \(g'(x) = \dfrac{(x-1)\mathrm{e}^{x}}{x^{2}}.\)
Modéliser une évolution par une exponentielle
- Repérer la valeur initiale : \(f(0) = N_0.\) Le modèle est \(f(t) = N_0\,\mathrm{e}^{kt}.\)
- Choisir le signe de \(k :\) \(k > 0\) si la grandeur augmente, \(k < 0\) si elle diminue.
- Facteur sur un pas de temps : \(\mathrm{e}^{k}.\) Taux d'évolution : \(\left(\mathrm{e}^{k} - 1\right) \times 100\) en pourcentage.
- Si l'énoncé donne le taux \(p\ \% :\) écrire \(\mathrm{e}^{k} = 1 + \dfrac{p}{100}\) et garder cette écriture, soit \(f(t) = N_0\left(1 + \tfrac{p}{100}\right)^{t}.\)
- Si l'énoncé donne la demi-vie \(T :\) \(\mathrm{e}^{-kT} = 0{,}5,\) donc \(f(t) = N_0 \times 0{,}5^{\,t/T}.\)
- Pour un seuil, faire un tableau de valeurs et repérer le premier entier qui convient.
Reconnaître une suite géométrique derrière une exponentielle
- Écrire le terme sous la forme \(u_n = \mathrm{e}^{an + b}.\)
- Séparer : \(u_n = \mathrm{e}^{b}\left(\mathrm{e}^{a}\right)^{n}.\)
- Conclure : suite géométrique de premier terme \(u_0 = \mathrm{e}^{b}\) et de raison \(q = \mathrm{e}^{a}.\)
- Vérifier par le quotient : \(\dfrac{u_{n+1}}{u_n} = \mathrm{e}^{a},\) constant.
Exemple : \(u_n = 3\,\mathrm{e}^{0{,}2n}\) est géométrique de raison \(\mathrm{e}^{0{,}2} \approx 1{,}221\,4\) et de premier terme \(3.\) Comme \(q > 1,\) la suite est croissante : \(+22{,}14\ \%\) par pas.
Erreurs fréquentes
- Écrire \(\mathrm{e}^{x+y} = \mathrm{e}^{x} + \mathrm{e}^{y}.\) Faux : l'exponentielle transforme une somme en produit, \(\mathrm{e}^{x+y} = \mathrm{e}^{x}\mathrm{e}^{y}.\) Vérifie avec \(\mathrm{e}^{1+1} = \mathrm{e}^{2} \approx 7{,}39,\) alors que \(\mathrm{e} + \mathrm{e} \approx 5{,}44.\)
- Croire que \(\mathrm{e}^{x}\) peut être négatif ou nul. Jamais : \(\mathrm{e}^{x} > 0\) pour tout \(x.\) Une équation \(\mathrm{e}^{x} = -3\) n'a donc aucune solution.
- Confondre \(\mathrm{e}^{2x}\) et \(2\mathrm{e}^{x}.\) On a \(\mathrm{e}^{2x} = \left(\mathrm{e}^{x}\right)^{2} :\) pour \(x = 3,\) \(\mathrm{e}^{6} \approx 403\) alors que \(2\mathrm{e}^{3} \approx 40{,}2.\)
- Oublier le facteur \(a\) en dérivant \(\mathrm{e}^{ax+b}.\) La dérivée est \(a\,\mathrm{e}^{ax+b},\) pas \(\mathrm{e}^{ax+b}.\)
- Confondre croissance et décroissance. Le sens est donné par le signe de \(k\) : \(\mathrm{e}^{0{,}2t}\) monte, \(\mathrm{e}^{-0{,}2t}\) descend.
- Écrire \(\mathrm{e}^{-x} = -\mathrm{e}^{x}.\) Faux : \(\mathrm{e}^{-x} = \dfrac{1}{\mathrm{e}^{x}},\) qui reste positif.
Visualisation
Fais varier \(k\) du négatif au positif : la courbe bascule de la décroissance à la croissance. La tangente au point d'abscisse \(0\) a toujours pour équation \(y = kx + 1.\)
La méthode d'Euler reconstruit la courbe à partir des deux seules données \(f' = f\) et \(f(0) = 1 :\) on part du point \((0\,;1)\) et on avance en suivant la tangente sur un petit pas \(h.\) Comme la pente vaut \(y,\) chaque étape s'écrit \(y_{n+1} = y_n + h\,y_n = y_n(1 + h).\)
Exercices
Exercice 1 Niveau 1
Exercice 2 Niveau 2
Exercice 3 Niveau 3
QCM
Quatre questions tirées au hasard. Une seule bonne réponse par question.