Cours
Tout le chapitre des limites s'appuie sur sept courbes que l'on doit savoir dessiner de mémoire, avec leur ensemble de définition, leurs variations et leur signe. C'est le but de cette fiche.
1La fonction carré et la fonction cube
Carré : \(f(x) = x^2,\) définie sur \(\mathbb{R}.\) Elle est décroissante sur \(]-\infty\,;0]\) puis croissante sur \([0\,;+\infty[,\) avec un minimum égal à \(0\) atteint en \(x = 0.\) Elle est toujours positive : \(x^2 \ge 0\) pour tout \(x.\)
Exemple. \(f(-3) = (-3)^2 = 9\) et \(f(3) = 3^2 = 9\) : deux nombres opposés ont le même carré.
Cube : \(g(x) = x^3,\) définie sur \(\mathbb{R}.\) Elle est strictement croissante sur \(\mathbb{R}\) tout entier, et son signe est celui de \(x\) : négative sur \(]-\infty\,;0[,\) nulle en \(0,\) positive sur \(]0\,;+\infty[.\)
Exemple. \(g(-2) = (-2)^3 = -8,\) alors que \(f(-2) = 4.\)
2La fonction inverse et la fonction racine carrée
Inverse : \(f(x) = \dfrac{1}{x},\) définie sur \(\mathbb{R}^* = \left]-\infty\,;0\right[ \cup \left]0\,;+\infty\right[.\) La valeur \(x = 0\) est interdite : on ne divise pas par zéro.
Elle est décroissante sur \(]-\infty\,;0[\) et décroissante sur \(]0\,;+\infty[,\) mais pas sur la réunion des deux : \(f(-1) = -1\) est plus petit que \(f(1) = 1.\) Son signe est celui de \(x.\)
Exemple. \(\dfrac{1}{0{,}01} = 100\) : plus \(x\) est proche de \(0\) en restant positif, plus \(\dfrac{1}{x}\) est grand. Du côté négatif c'est le contraire : \(\dfrac{1}{-0{,}01} = -100.\)
Racine carrée : \(g(x) = \sqrt{x},\) définie seulement sur \([0\,;+\infty[.\) Elle est croissante et positive, avec \(\sqrt{0} = 0.\)
Exemple. \(\sqrt{9} = 3,\) \(\sqrt{2} \approx 1{,}414,\) et \(\sqrt{-4}\) n'existe pas.
3La valeur absolue et les puissances entières \(x^n\)
Valeur absolue : \(f(x) = |x|,\) définie sur \(\mathbb{R},\) avec \(|x| = x\) si \(x \ge 0\) et \(|x| = -x\) si \(x < 0.\) Sa courbe est un V : décroissante puis croissante, minimum \(0\) en \(0,\) toujours positive.
Exemple. \(|-7| = 7,\) \(|7| = 7,\) et \(|x|\) mesure la distance de \(x\) à \(0.\)
Puissances \(x^n\) avec \(n\) entier \(\ge 1\) : tout dépend de la parité de \(n.\)
| \(n\) pair | \(n\) impair | |
|---|---|---|
| Exemple | \(x^2,\ x^4\) | \(x^3,\ x^5\) |
| Signe | \(\ge 0\) | signe de \(x\) |
| Variations | \(\searrow\) puis \(\nearrow\) | \(\nearrow\) sur \(\mathbb{R}\) |
| Symétrie | axe \((Oy)\) | origine |
Puissances négatives : pour \(n \ge 1,\) \(x^{-n} = \dfrac{1}{x^n},\) définie sur \(\mathbb{R}^*.\) Le comportement suit la même règle de parité : \(\dfrac{1}{x^2}\) est toujours strictement positive, \(\dfrac{1}{x^3}\) a le signe de \(x.\)
Exemples. \((-2)^4 = 16,\) \((-2)^5 = -32,\) \(2^{-3} = \dfrac{1}{8} = 0{,}125.\)
4La fonction exponentielle
- Elle est définie sur \(\mathbb{R}\) et strictement positive : \(\mathrm{e}^x > 0\) pour tout \(x.\)
- Comme \(\exp' = \exp > 0,\) elle est strictement croissante sur \(\mathbb{R}.\)
- \(\mathrm{e}^0 = 1\) et \(\mathrm{e}^1 = \mathrm{e} \approx 2{,}718.\)
Règles de calcul. Pour tous réels \(a\) et \(b\) et tout entier \(n\) :
| \(\mathrm{e}^{a+b} = \mathrm{e}^a \times \mathrm{e}^b\) | \(\mathrm{e}^{-a} = \dfrac{1}{\mathrm{e}^a}\) |
| \(\mathrm{e}^{a-b} = \dfrac{\mathrm{e}^a}{\mathrm{e}^b}\) | \(\left(\mathrm{e}^a\right)^n = \mathrm{e}^{na}\) |
Exemples. \(\mathrm{e}^2 \approx 7{,}389,\) \(\mathrm{e}^{-1} \approx 0{,}368,\) \(\mathrm{e}^3 \times \mathrm{e}^{-3} = \mathrm{e}^0 = 1.\)
5Parité : deux symétries à reconnaître
Soit \(f\) définie sur un ensemble \(D\) symétrique par rapport à \(0\) (si \(x\) est dans \(D,\) alors \(-x\) aussi).
- \(f\) est paire lorsque \(f(-x) = f(x)\) pour tout \(x\) de \(D.\) Sa courbe est symétrique par rapport à l'axe des ordonnées.
- \(f\) est impaire lorsque \(f(-x) = -f(x)\) pour tout \(x\) de \(D.\) Sa courbe est symétrique par rapport à l'origine du repère.
Exemples. \(x^2,\) \(x^4,\) \(|x|\) et \(\dfrac{1}{x^2}\) sont paires ; \(x^3,\) \(x^5\) et \(\dfrac{1}{x}\) sont impaires.
Contre-exemples. \(\mathrm{e}^x\) n'est ni paire ni impaire : \(\mathrm{e}^{-1} \approx 0{,}368\) ne vaut ni \(\mathrm{e}^1\) ni \(-\mathrm{e}^1.\) Et \(\sqrt{x}\) ne peut pas être paire : son ensemble de définition \([0\,;+\infty[\) n'est pas symétrique.
6Lire une courbe : image, antécédent, équation, inéquation
- Image de \(a\) : on monte (ou descend) depuis \(a\) sur l'axe des abscisses jusqu'à la courbe, puis on lit l'ordonnée. C'est \(f(a),\) et il y en a une seule.
- Antécédent de \(k\) : on part de \(k\) sur l'axe des ordonnées, on trace l'horizontale \(y = k,\) et on lit les abscisses des points d'intersection. Il peut y en avoir \(0,\) \(1,\) \(2\) ou davantage.
- Résoudre \(f(x) = k\) revient exactement à chercher ces antécédents : le nombre de solutions est le nombre de points d'intersection entre la courbe et la droite \(y = k.\)
- Résoudre \(f(x) \le k\) : on lit les \(x\) pour lesquels la courbe est au-dessous de la droite \(y = k\) (ou sur elle). La réponse est un ensemble de \(x,\) pas un ensemble de points.
Exemple chiffré avec \(f(x) = x^2.\) L'équation \(x^2 = 9\) a deux solutions, \(-3\) et \(3.\) L'équation \(x^2 = 0\) en a une seule, \(0.\) L'équation \(x^2 = -4\) n'en a aucune. Enfin \(x^2 \le 9 \iff x \in [-3\,;3].\)
7Que se passe-t-il quand \(x\) devient très grand ? vers la Terminale
Regardons simplement des valeurs, sans aucun formalisme :
| \(x\) | \(\dfrac{1}{x}\) | \(\sqrt{x}\) | \(x^2\) | \(\mathrm{e}^x\) |
|---|---|---|---|---|
| \(1\) | \(1\) | \(1\) | \(1\) | \(2{,}72\) |
| \(10\) | \(0{,}1\) | \(3{,}16\) | \(100\) | \(2{,}2 \times 10^{4}\) |
| \(100\) | \(0{,}01\) | \(10\) | \(10\,000\) | \(2{,}7 \times 10^{43}\) |
| \(1000\) | \(0{,}001\) | \(31{,}6\) | \(10^{6}\) | énorme |
- \(\dfrac{1}{x}\) se rapproche de \(0\) : la courbe s'aplatit sur l'axe des abscisses.
- \(\sqrt{x}\) grandit, mais lentement.
- \(x^2\) grandit vite, et \(\mathrm{e}^x\) grandit beaucoup plus vite que n'importe quelle puissance de \(x.\)
- Quand \(x\) se rapproche de \(0\) en restant positif, \(\dfrac{1}{x}\) devient au contraire immense : \(\dfrac{1}{0{,}001} = 1000.\)
Méthode
Reconnaître une fonction de référence dans une expression
- Repérer l'opération dominante : une puissance, une racine, un quotient, une valeur absolue, une exponentielle.
- Nommer la fonction de référence qui se cache derrière : \(\sqrt{3x-1}\) est « la racine carrée de quelque chose », \(\dfrac{5}{x+2}\) est « l'inverse de quelque chose ».
- Traduire les contraintes de cette fonction de référence : sous une racine, l'expression doit être \(\ge 0\) ; au dénominateur, elle doit être \(\ne 0.\)
- Résoudre ces contraintes pour obtenir l'ensemble de définition.
- Décrire le comportement en s'appuyant sur la courbe de référence connue.
Exemple. \(h(x) = \dfrac{\sqrt{x-2}}{x-5}\) : la racine impose \(x - 2 \ge 0,\) donc \(x \ge 2\) ; le dénominateur impose \(x \ne 5.\) Donc \(D_h = [2\,;5[\,\cup\,]5\,;+\infty[.\)
Lire une image, un antécédent, résoudre graphiquement
- Image de \(a\) : placer \(a\) sur l'axe des abscisses, monter verticalement jusqu'à la courbe, lire l'ordonnée.
- Antécédent(s) de \(k\) : tracer la droite horizontale \(y = k,\) repérer les points d'intersection, lire leurs abscisses.
- Équation \(f(x) = k\) : compter d'abord les points d'intersection (c'est le nombre de solutions), puis donner les valeurs.
- Inéquation \(f(x) \le k\) : surligner la partie de la courbe située au-dessous de la droite, puis projeter sur l'axe des abscisses. Écrire la réponse sous forme d'intervalle ou de réunion d'intervalles.
- Vérifier avec une valeur test : choisir un \(x\) de l'intervalle trouvé et contrôler l'inégalité.
Exemple. Avec \(f(x) = \dfrac{1}{x}\) et \(k = 2\) : l'équation \(\dfrac{1}{x} = 2\) a une seule solution, \(x = 0{,}5.\) L'inéquation \(\dfrac{1}{x} \le 2\) est vraie sur \(]-\infty\,;0[\) (l'inverse y est négatif) et sur \([0{,}5\,;+\infty[.\)
Étudier la parité d'une fonction
- Vérifier que \(D_f\) est symétrique par rapport à \(0.\) Sinon, on s'arrête : la fonction n'est ni paire ni impaire.
- Calculer \(f(-x)\) en remplaçant partout \(x\) par \(-x,\) sans oublier les parenthèses.
- Comparer : si \(f(-x) = f(x),\) la fonction est paire ; si \(f(-x) = -f(x),\) elle est impaire ; sinon elle n'est ni l'une ni l'autre.
- Conclure sur la courbe : symétrie par rapport à l'axe des ordonnées, ou par rapport à l'origine.
Exemple. \(f(x) = x^3 - 4x\) sur \(\mathbb{R}\) : \(f(-x) = (-x)^3 - 4(-x) = -x^3 + 4x = -f(x).\) La fonction est impaire, sa courbe est symétrique par rapport à l'origine.
Choisir une fenêtre d'affichage pertinente
- Partir de l'ensemble de définition : inutile d'afficher des \(x\) négatifs pour \(\sqrt{x}.\)
- Calculer quelques valeurs aux bornes de la zone qui t'intéresse : elles donnent l'ordre de grandeur de \(y.\)
- Régler \(y_{\min}\) et \(y_{\max}\) autour de ces valeurs, en gardant un peu de marge. Pour \(x^2\) sur \([-5\,;5],\) prendre \(y\) jusqu'à \(25\) au moins.
- Se méfier des valeurs interdites : près de \(x = 0,\) la courbe de \(\dfrac{1}{x}\) part vers le haut de l'écran. On borne \(y\) volontairement, sinon la courbe devient un trait vertical illisible.
- Changer d'échelle pour observer le long terme : pour comparer \(x^5\) et \(\mathrm{e}^x,\) il faut aller jusqu'à \(x = 13\) ou plus — sur \([0\,;10]\) on croirait à tort que \(x^5\) l'emporte, car \(10^5 = 100\,000\) alors que \(\mathrm{e}^{10} \approx 22\,000.\)
Décrire le comportement aux bornes de \(D_f\) (sans formalisme)
- Écrire les bornes de l'ensemble de définition : \(-\infty,\) \(+\infty,\) et les valeurs interdites.
- Calculer une petite table de valeurs qui s'approche de chaque borne : \(x = 10,\ 100,\ 1000\) pour \(+\infty\) ; \(x = 0{,}1,\ 0{,}01,\ 0{,}001\) pour s'approcher de \(0.\)
- Dire ce que l'on voit, avec des mots : « \(f(x)\) devient très grand », « \(f(x)\) se rapproche de \(0\) », « la courbe s'approche de l'axe ».
- Repérer la droite dont la courbe se rapproche : pour \(\dfrac{1}{x},\) c'est l'axe des abscisses d'un côté et l'axe des ordonnées de l'autre. En Terminale, ces droites s'appelleront asymptotes.
Exemple. \(f(x) = \dfrac{1}{x^2}\) sur \(]0\,;+\infty[\) : \(f(0{,}1) = 100,\) \(f(0{,}01) = 10\,000\) — la courbe monte sans fin près de \(0\) ; et \(f(10) = 0{,}01,\) \(f(100) = 0{,}0001\) — elle s'écrase sur l'axe des abscisses quand \(x\) grandit.
Erreurs fréquentes
- Confondre image et antécédent. L'image de \(3\) par la fonction carré est \(9\) ; les antécédents de \(9\) sont \(-3\) et \(3.\) Une image se lit verticalement, un antécédent horizontalement.
- Oublier la valeur interdite de l'inverse. \(\dfrac{1}{x}\) n'existe pas en \(0,\) et \(\dfrac{1}{x-3}\) n'existe pas en \(3.\) Toujours poser la condition \(\ne 0\) sur le dénominateur.
- Croire que \(\sqrt{x}\) existe pour les négatifs. \(\sqrt{-9}\) n'a pas de sens : aucun nombre au carré ne donne \(-9.\) Pour \(\sqrt{3-x},\) la condition est \(3 - x \ge 0,\) c'est-à-dire \(x \le 3.\)
- Croire que \(x^2 \ge x\) toujours. C'est faux sur \(]0\,;1[\) : \(0{,}3^2 = 0{,}09 < 0{,}3.\)
- Confondre exponentielle et puissance. \(\mathrm{e}^x\) n'est pas \(x^2\) ni \(\mathrm{e}x.\) L'exponentielle finit toujours par dépasser toute puissance de \(x.\)
- Écrire \(\dfrac{1}{x} \le 2 \iff x \ge 0{,}5.\) Faux : on ne multiplie pas par \(x\) sans connaître son signe. Il faut séparer les cas \(x < 0\) et \(x > 0,\) ou lire le graphique.
Visualisation
Choisis une fonction de référence, promène le point mobile, puis fais glisser la droite \(y = k\) : les solutions de \(f(x) = k\) sont comptées, et la zone où \(f(x) \le k\) est coloriée.
Superpose deux fonctions et augmente le zoom : sur une petite fenêtre, la comparaison est trompeuse ; quand \(x\) grandit, l'une finit toujours par écraser l'autre.
Exercices
Exercice 1 Niveau 1
Exercice 2 Niveau 2
Exercice 3 Niveau 3
QCM
Quatre questions tirées au hasard. Une seule bonne réponse par question.