1. Cours
1Le raisonnement par récurrence
C'est un outil nouveau en Terminale. Il sert à démontrer qu'une propriété \(P(n)\) est vraie pour tous les entiers \(n\) à partir d'un certain rang, alors qu'on ne peut évidemment pas vérifier une infinité de cas.
Pour tout \(n\in\mathbb N\), on note \(P(n)\) la propriété : « …énoncé… ».
Initialisation. Pour \(n=0\) : … On calcule les deux membres séparément et on constate l'égalité (ou l'inégalité). Donc \(P(0)\) est vraie.
Hérédité. Soit \(n\in\mathbb N\). Supposons \(P(n)\) vraie, c'est-à-dire « … » (hypothèse de récurrence). Montrons que \(P(n+1)\) est vraie, c'est-à-dire « … ». (calcul, en partant de \(u_{n+1}\) et en utilisant l'hypothèse) Donc \(P(n+1)\) est vraie.
Conclusion. \(P(0)\) est vraie et \(P\) est héréditaire ; d'après le principe de récurrence, \(P(n)\) est vraie pour tout \(n\in\mathbb N\).
Exemple 1 — une égalité. \(u_0=1\) et \(u_{n+1}=3u_n+2\). Montrons que pour tout \(n\), \(u_n=2\times 3^n-1\).
Hérédité : soit \(n\in\mathbb N\), supposons \(u_n=2\times 3^n-1\). Alors \[u_{n+1}=3u_n+2=3\bigl(2\times 3^n-1\bigr)+2=2\times 3^{n+1}-3+2=2\times 3^{n+1}-1.\] C'est exactement \(P(n+1)\).
Conclusion : pour tout \(n\in\mathbb N\), \(u_n=2\times 3^n-1\).
Exemple 2 — une majoration. \(u_0=0\) et \(u_{n+1}=\tfrac12 u_n+3\). Montrons que pour tout \(n\), \(u_n\leq 6\).
Hérédité : soit \(n\in\mathbb N\), supposons \(u_n\leq 6\). En multipliant par \(\tfrac12>0\) (le sens de l'inégalité est conservé) : \(\tfrac12u_n\leq 3\). En ajoutant \(3\) : \(\tfrac12u_n+3\leq 6\), c'est-à-dire \(u_{n+1}\leq 6\).
Conclusion : pour tout \(n\in\mathbb N\), \(u_n\leq 6\). La suite est majorée par 6.
2Limite infinie : \(+\infty\) et \(-\infty\)
Autrement dit : pour tout réel \(A\), il existe un entier \(N\) tel que pour tout \(n\geq N\), \(u_n\geq A\). On note \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty}u_n=+\infty\).
Exemple. \(u_n=n^2\). Prenons \(A=1000\) : dès que \(n\geq 32\) on a \(n^2\geq 1024\geq 1000\). Le rang \(N=32\) convient. Si on prend \(A=10^6\), il faut \(N=1000\) : \(N\) grandit avec \(A\), mais il existe toujours. C'est cela, tendre vers \(+\infty\).
3Suite convergente : limite finie \(\ell\)
Version « avec \(\varepsilon\) » : pour tout \(\varepsilon>0\), il existe \(N\) tel que pour tout \(n\geq N\), \(|u_n-\ell|\leq\varepsilon\) (les termes sont dans la bande \([\ell-\varepsilon\,;\ell+\varepsilon]\)).
Exemple. \(u_n=\dfrac1n\) converge vers \(0\) : pour \(\varepsilon=0{,}01\), tous les termes de rang \(n\geq 100\) vérifient \(|u_n-0|\leq 0{,}01\).
4Opérations sur les limites et formes indéterminées
Les limites se combinent « comme on l'espère »… sauf dans quatre cas.
| \(\lim u_n\) | \(\lim v_n\) | \(\lim(u_n+v_n)\) | \(\lim(u_n\times v_n)\) |
|---|---|---|---|
| \(\ell\) | \(\ell'\) | \(\ell+\ell'\) | \(\ell\ell'\) |
| \(\ell\) | \(+\infty\) | \(+\infty\) | \(\pm\infty\) selon le signe de \(\ell\) (\(\ell\neq0\)) |
| \(+\infty\) | \(+\infty\) | \(+\infty\) | \(+\infty\) |
| \(+\infty\) | \(-\infty\) | F.I. \(\infty-\infty\) | \(-\infty\) |
| \(0\) | \(\pm\infty\) | \(\pm\infty\) | F.I. \(0\times\infty\) |
Levée d'une F.I. : on factorise par le terme dominant (celui de plus haut degré, ou la plus grande puissance).
5Comparaison et théorème des gendarmes
De même, si \(u_n\leq v_n\) à partir d'un certain rang et \(\lim v_n=-\infty\), alors \(\lim u_n=-\infty\).
6Comportement de \((q^n)\) et inégalité de Bernoulli
- si \(q>1\) : \(\lim q^n=+\infty\) ;
- si \(q=1\) : \(q^n=1\) pour tout \(n\), la suite est constante, \(\lim q^n=1\) ;
- si \(-1<q<1\) : \(\lim q^n=0\) ;
- si \(q\leq-1\) : la suite \((q^n)\) n'a pas de limite (elle oscille en changeant de signe).
Pour tout réel \(a\geq 0\) et tout entier \(n\geq0\) : \((1+a)^n\geq 1+na\).
Récurrence sur \(n\), à \(a\) fixé. \(P(n)\) : « \((1+a)^n\geq1+na\) ».
Initialisation : \((1+a)^0=1\) et \(1+0\times a=1\) : \(1\geq1\), \(P(0)\) est vraie.
Hérédité : soit \(n\in\mathbb N\) ; supposons \((1+a)^n\geq1+na\). Comme \(1+a>0\), on peut multiplier les deux membres par \(1+a\) sans changer le sens : \[(1+a)^{n+1}\geq(1+na)(1+a)=1+(n+1)a+na^2\geq 1+(n+1)a,\] car \(na^2\geq0\). Donc \(P(n+1)\) est vraie.
Conclusion : l'inégalité est vraie pour tout \(n\in\mathbb N\). ∎
Et si \(-1<q<1\) avec \(q\neq0\) : \(\left|\frac1q\right|>1\) donc \(\left|\frac1q\right|^n\to+\infty\), donc \(|q|^n=\dfrac{1}{|1/q|^n}\to0\), donc \(q^n\to0\).
Application. Une suite géométrique \(u_n=u_0q^n\) : avec \(q=1{,}05\) (hausse de 5 % par an) elle explose vers \(+\infty\) ; avec \(q=0{,}95\) elle tend vers \(0\) ; avec \(q=-1{,}2\) elle n'a pas de limite.
7Suites monotones et étude de \(u_{n+1}=f(u_n)\)
Toute suite croissante et majorée converge (vers un réel \(\ell\)). Toute suite décroissante et minorée converge.
Démonstration. Soit \(A\) un réel. Comme \((u_n)\) n'est pas majorée, \(A\) n'est pas un majorant : il existe un rang \(N\) tel que \(u_N>A\). Comme \((u_n)\) est croissante, pour tout \(n\geq N\) : \(u_n\geq u_N>A\). Donc l'intervalle \([A\,;+\infty[\) contient tous les termes à partir du rang \(N\). Ceci vaut pour tout \(A\), donc \(u_n\to+\infty\). ∎
Conséquence : une suite croissante a toujours une limite : soit elle est majorée et elle converge, soit elle ne l'est pas et elle tend vers \(+\infty\).
Schéma d'étude d'une suite définie par \(u_{n+1}=f(u_n)\) — c'est LE grand exercice de fin de chapitre :
- Conjecturer. Calculer \(u_0,u_1,u_2,u_3\) (calculatrice ou programme), tracer la « toile d'araignée » : la suite semble croissante ? majorée ? convergente vers quoi ?
- Démontrer un encadrement par récurrence, par exemple « pour tout \(n\), \(0\leq u_n\leq 6\) ». Dans l'hérédité, on applique \(f\) à l'encadrement en utilisant les variations de \(f\).
- Démontrer la monotonie. Étudier le signe de \(u_{n+1}-u_n=f(u_n)-u_n\) grâce à l'encadrement de l'étape 2 (ou par une deuxième récurrence).
- Conclure. Croissante + majorée ⟹ la suite converge vers un réel \(\ell\) (théorème de convergence monotone). On détermine ensuite \(\ell\) en résolvant \(\ell=f(\ell)\).
(2) Récurrence : \(u_n\leq6\) pour tout \(n\) (faite au point 1).
(3) \(u_{n+1}-u_n=\tfrac12u_n+3-u_n=3-\tfrac12u_n=\tfrac12(6-u_n)\geq0\) car \(u_n\leq6\) : la suite est croissante.
(4) Croissante et majorée par \(6\) : elle converge vers \(\ell\). Comme \(\ell=\tfrac12\ell+3\), on obtient \(\tfrac12\ell=3\), donc \(\ell=6\).
2. Méthode
Pour rédiger une récurrence — modèle à trous
Exercice type : \(u_0=2\) et \(u_{n+1}=2u_n-1\) ; démontrer que pour tout \(n\in\mathbb N\), \(u_n=2^n+1\).
Pour calculer une limite — arbre de décision
Pour étudier une suite \(u_{n+1}=f(u_n)\)
- Calculer les premiers termes et conjecturer (croissante ? majorée ? limite ?).
- Récurrence pour l'encadrement. Hérédité : partir de l'encadrement supposé, lui appliquer \(f\) en respectant les variations de \(f\), et retrouver l'encadrement au rang \(n+1\). Exemple avec \(f(x)=\sqrt{x+2}\) croissante : \(0\leq u_n\leq2\Rightarrow \sqrt2\leq\sqrt{u_n+2}\leq2\Rightarrow 0\leq u_{n+1}\leq2\).
- Monotonie. Calculer \(u_{n+1}-u_n=f(u_n)-u_n\), factoriser, et utiliser l'encadrement pour donner le signe. (Autre méthode : récurrence directe sur « \(u_{n+1}\geq u_n\) ».)
- Conclure par le théorème de convergence monotone, puis résoudre \(\ell=f(\ell)\) et choisir la solution compatible avec l'encadrement.
Pour écrire un algorithme de seuil (Python, boucle while)
Question type : « à partir de quel rang \(u_n\) dépasse-t-il \(A\) ? ». On ne connaît pas le nombre de tours à l'avance : c'est un while, pas un for.
def seuil(A): u = 1 # u_0 n = 0 # rang courant while u < A: # tant que le seuil n'est pas atteint u = 3*u + 2 # on passe de u_n a u_(n+1) n = n + 1 # ...et le rang augmente de 1 return n # premier rang tel que u_n >= A print(seuil(1000)) # affiche 6
while u > A:.
Erreurs fréquentes
3. Visualisation
Choisis une suite. Si elle converge vers \(\ell\), règle la largeur \(\varepsilon\) de la bande \([\ell-\varepsilon\,;\ell+\varepsilon]\) ; si elle tend vers \(+\infty\), règle le seuil \(A\) de la demi-droite \([A\,;+\infty[\). Le rang \(N\) affiché est le premier rang à partir duquel tous les termes suivants restent dans la zone.
Les 21 premiers termes de la suite \((q^n)\). Fais glisser \(q\) et observe les quatre régimes : explosion, constante, écrasement vers \(0\), oscillation.
Suite définie par \(u_0\) et \(u_{n+1}=f(u_n)\). On monte verticalement jusqu'à la courbe de \(f\) (on obtient \(u_{n+1}\) en ordonnée) puis horizontalement jusqu'à la droite \(y=x\) (\(u_{n+1}\) passe en abscisse), et on recommence.
4. Exercices
Exercice 1 — Limite d'une suite explicite niveau 1
Exercice 2 — Une récurrence, pas à pas niveau 2
Exercice 3 — Gendarmes et comparaison niveau 3
5. QCM
Quatre questions tirées au hasard dans une banque de 18. Une seule bonne réponse par question.